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05 décembre 2012

De la haine à l'amour

J’écris « haine », mais je pense en vérité à tout le spectre des sentiments négatifs. Les antagonistes qui finissent par s’aimer (et pas seulement en romance, d'ailleurs), voilà qui semble être le filon préféré des scénaristes, et du bon matériel de shipper. Je crois que la première relation télévisuelle de ce type qui m’ait marquée fut dans Buffy, pour le couple Xander/Cordelia. Je me souviens, spectatrice naïve, avoir été stupéfaite devant ces deux personnages en train de s’engueuler puis, la minute d’après, de s’embrasser.
Aujourd’hui je connais bien le truc, et si le recours systématique à ce schéma narratif peut finir par être lassant, mon côté shipper prend le dessus et j’appelle souvent de mes vœux le rapprochement inopiné de deux ennemis. Comprenez-moi, avec un bon casting, il y a parfois une tension sexuelle évidente, et puis, une bonne inimitié entre deux personnages est parfois un sentiment bien plus fort qu’une fade sympathie. Mais ce que j’aime surtout dans ce type de relation c’est que, bien écrite, ce n’est pas seulement un « + romance » pour nourrir les plus romantiques des spectateurs : bien écrite, c’est la série qui se raconte vraiment à travers la relation des deux personnages. Encore une fois, c’est le parcours accompli qui m’intéresse.

Ma découverte de l’année fut Justified, dont, attention, je m’apprête à spoiler un morceau de saison 2. Cette saison a mis en scène une relation qui m’a surprise et charmée : Ava & Boyd.

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J’ai déjà eu l’occasion d’en parler : en écrivant la saison 2, les scénaristes de Justified, soucieux de rester fidèle à l’esprit de la série, sont repartis du pilote pour en extraire d’autres pistes à développer. Ainsi : Ava, d’un côté, marié au frère de Boyd, Bowman, un homme qui la bat pendant des années, jusqu’à ce qu’elle finisse par le tuer dans le pilote. De l’autre, Boyd, sorte de fou furieux qui prône la suprématie blanche et qui voit la mort de son frère comme un moyen d’enfin réaliser les vues qu’il a sur Ava.
La première saison voit Boyd s’engager sur le chemin de la rédemption : il essaye de se racheter mais se perd, et finit la saison en aidant Raylan et Ava. C’est complètement paumé qu’il commence la saison 2, et Ava l’accueille chez elle sous de strictes conditions : pas d’alcool, pas d’activités illégales. Une situation qui peut laisser perplexe mais qui, par petites touches merveilleusement écrites et jouées, fait mouche. Ava recueille Boyd, le relève et le reconstruit presque malgré elle : au vu de leurs parcours, communs et séparés, les deux forment une paire intéressante et très attachante. Et c’est quand Boyd finit par se retrouver – oui, bon, quand il réalise que sa vraie nature, c’est le crime –, qu’il choisit de la quitter par respect pour tout ce qu’elle a fait pour lui, qu’ils finissent par se trouver. C’est vraiment ce chemin parcouru pour se trouver qui me touche. Non pas le chemin du crime, mais le chemin du respect mutuel, dont ils étaient si loin dans le pilote.
Et si la place d’Ava est plutôt secondaire dans l’intrigue de Justified, c’est finalement elle qui donne son rôle à Boyd et au personnage qu’il devient dans la série : c’est leur histoire qui a créé le Boyd qui occupe la saison 3.

La chose est encore plus frappante chez l’un de mes couples télévisuels fétiches, Spike et Buffy.

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Quand Spike tombe amoureux de Buffy dans la saison 4 ou 5, cette intrigue était pour moi source d’humour, nous offrant quelques petites scènes hilarantes, et si bien sûr je ne pouvais ignorer mon côté shipper, jamais je n’aurais cru que la série nous emmènerait si loin. Puisqu’en termes de chemin parcouru, c’est dans le sens inverse qu’il s’effectue : dans la relation qu’ils nouent en saison 6, tous les deux se détruisent. C’est d’ailleurs l’objet de leur première scène de sexe, dans l’épisode Ecarts de conduite/Smashed, lorsqu’ils détruisent une maison pendant leurs ébats. Comme dans toutes leurs scènes de sexe, la violence – physique, bien sûr, mais également psychologique, puisque Buffy couche avec un homme qu’elle exècre – y est assez dérangeante, mais en quelque sorte, Buffy définit ici le postulat de départ du schéma narratif « de la haine à l’amour » : une bonne inimitié est un sentiment fort, et c’est déjà un sentiment, pour elle qui ne ressent plus rien.
J’avoue, en fiction, j’aime les personnages cassés, ceux qui ont du mal à ressentir, et encore plus à exprimer, et c’est ce qui m’a marquée dans cette relation : terriblement malsaine, oui, mais elle est l’expression du mal être indicible qui consume Buffy pendant toute la saison. Et c’est en finissant par trouver les mots, quand elle finit par mettre le doigt sur tout ce qui la ronge, qu’elle met un terme à leur relation. Puis c’est l’horrible scène de tentative de viol, qui à son tour introduit le véritable arc de rédemption de Spike.
Spike, l’ancien ennemi mortel qui sauve le monde en fin de série.
Il n’y a pas que les histoires d’amour qui m’émeuvent, certains schémas narratifs me font aussi cet effet.

30 juillet 2012

A ceux qui ne regardent pas Justified, à ceux qui l'aiment, et à ceux qui l'ont créée

A force de naviguer sur les eaux de la fiction, je nourris parfois une certaine frustration de ne pas avoir dans ma vie le scénariste talentueux qui écrirait mes lignes de dialogue. Par exemple, j'ai toujours rêvé de sortir avec grand sérieux lors d'une conversation : "Le monde se divise en deux catégories..." Mais quand bien même il n'y aurait dans la vie que deux types de personnes – quel que soit le domaine dont on parle –, jamais je n'aurai l'aplomb de soutenir pareille thèse. Et c'est peut-être pour ça que je tiens un blog.
Le monde se divise en deux catégories. Ceux qui regardent les bonus des DVD, et les autres.

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Ceci dit, adorant les bonus, je ne les regarde pas toujours. D'ailleurs beaucoup moins pour les séries que pour les films. D'ailleurs pourquoi ? Parce que dans une série, je suis plus investie dans l'instant (et dans les personnages, et dans l'émotion), alors que dans un film, je suis plus sensible au schéma global, et donc à la narration et à la réalisation ? Peut-être. Autre débat, prochaine fois.
Certaines personnes n'ont pas particulièrement envie de découvrir l'envers du décor, craignant peut-être que le tout perde de sa magie. Ou préférant garder l'illusion d'un monde qui ne serait pas fabriqué de toutes pièces par un paquet de gens derrière la caméra, je ne sais pas. Je suis plutôt de celles et ceux qui, une fois constaté le lourd travail derrière l’œuvre que j'aime, n'en admirent que plus l'univers créé. Et mon merveilleux coffret DVD de Justified vient tout juste de me le prouver à nouveau.
Je n'ai pas encore mis le troisième DVD dans mon lecteur, mais jusqu'ici, je suis comblée par les bonus. Les commentaires audio sont majoritairement assurés par Graham Yost, le showrunner, et par les scénaristes des épisodes choisis. D'ailleurs, les bonus donnent vraiment la part belle au processus d'écriture. Peut-être parce que la série est l'adaptation d'une nouvelle d'un fameux écrivain ? Pas le genre de bonus aussi inutile qu’exaspérant, genre un making of mettant en scène les meilleurs moments qu'on a de toute évidence déjà vus et les formidables et beaux acteurs qui ne sont au fond que des marionnettes. Cette dernière partie étant bien sûr tout à fait exagérée, surtout venant après constatation de tout ce qu'a apporté Timothy Olyphant au personnage de Raylan Givens. Autre débat, prochaine fois.

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Deux informations du commentaire audio du pilote m'ont carrément ravie : 

  • Le personnage de Boyd devait mourir à la fin de ce premier épisode, Elmore Leonard l'avait apparemment écrit comme ça. Mais lors de test screenings, l'auteur, la chaîne, tout le monde, a réagi tellement favorablement à la relation Boyd-Raylan et à la perfomance de Walton Goggins que les scénaristes ont décidé de le laisser vivre.
  • Une des raisons pour laquelle cette série a été commandée est la scène du "You're the angriest man I know".

J'entends et lis à longueur de journées les avis de beaucoup de monde sur beaucoup d’œuvres (c'est d'ailleurs un de mes grands plaisirs dans la vie, probablement autant que le fait de regarder/lire/écouter moi-même les œuvres en question) et il semble assez évident que, quand bien même beaucoup de gens aiment une œuvre, ils peuvent l'aimer pour un paquet de raisons différentes. Mais voilà, ici, un truc qui n'arrive finalement pas si souvent : je regarde cette série pour précisément les mêmes raisons que l'écrivent ses scénaristes. C'est probablement pour ça que je l'aime tant.
Alors je devrais avoir confiance. J'ai jusqu'ici seulement regardé le premier épisode de la troisième saison, et deux fois, comme si je n'avais pas vraiment envie d'avancer – n'est-il pas évident que je ne peux qu'être déçue par la suite ?
Pourtant, en regardant une nouvelle fois ce premier épisode de la troisième saison, un autre commentaire de Graham Yost me revient : quand ils ont planché sur la deuxième saison, ils sont revenus sur le pilote pour voir ce qui, toujours à partir du matériau de base, pouvait être extrait et développé. Les interactions Ava/Boyd viennent de là. Exemple typique d'une intrigue qui en théorie poserait des doutes sur sa faisabilité/crédibilité mais qui semble naturelle, parce qu'ils ont pris la peine de vraiment bâtir quelque chose. Et en commençant cette troisième saison, je vois toujours les parallèles tracées à partir de ce fameux pilote : des situations aux allures de déjà-vu qui fonctionnent si bien grâce également à leur différence, tant de cartes ayant été redistribuées au cours de ces deux dernières saisons.

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Je ne devrais pas m'étonner de tout le travail qu'il y a derrière une série, et il y aurait une forme d'ingratitude à se dire "je ne me doutais pas qu'il y avait tant de réflexion derrière cette simple scène" – je regarde d'ailleurs des séries depuis suffisamment longtemps pour ne plus jouer les naïves. Mais peut-être aussi qu'il y a une forme de gratitude derrière ce pseudo-étonnement : le principal n'est-il pas d'y croire et de se laisser emporter ? Donc soit, je suis prête à croire que la saison 3 sera tout aussi formidable. Merci en tout cas pour les précédentes.

28 juin 2012

Deux bonnes raisons de regarder Justified, et Raylan Givens n'est pas forcément l'une d'entre elles

Le merveilleux sourire de Boyd Crowder : c'est ainsi que j'aurais introduit mon texte, si les problèmes techniques précédemment mentionnés ne s'entêtaient à me poursuivre. Je ne suis plus en mesure de faire des captures d'écran. Je ne peux plus naviguer aisément de blogs en blogs. J'ai en quelque sorte perdu tout ce qui faisait ma consommation sériephile habituelle.
Expérience intéressante pour une fille comme moi, perpétuellement tentée par la nouveauté. Je ne suis plus ce qui sort ou qui reprend, je ne me perds plus en essais infructueux, et je tourne mon attention vers les séries qui ont déjà prouvé leur valeur, celles auxquelles je n'ai jusqu'ici accordé que mon envie, et jamais mon temps. Ainsi, Justified. Et le merveilleux sourire de Boyd Crowder.

Ça fait quelques temps que le Deputy US Marshal Raylan Givens se pavane sous mon nez et que je n'entends à son propos que le plus grand bien. Mais son chapeau et les paysages du Kentucky me criaient "western !" et je ne me suis ainsi jamais laissée tenter. Puis se présenta, donc, ma situation actuelle.

Je n'ai pour le moment vu que deux saisons de cette série, et je suis assez satisfaite. Le Kentucky m'apporte un dépaysement assez plaisant - est-ce "plaisant", le mot que je cherche ? Probablement pas, Justified fait pour cette région un piètre travail de promotion -, et les personnages me sont quasiment tous intéressants/attachants. Il y a quand même les intrigues, qui me laissent sur ma faim. Pas celles qui courent sur plusieurs épisodes, celles qui mettent en scène les clans familiaux de Harlan : celles-ci sont les plus palpitantes. Mais pour le reste, la série ne gagne pas à faire dans le procedural show. Heureusement, les saisons sont courtes.
Et Raylan Givens ?

Le pilote de Justified est à mon avis une grande réussite. Tout y est merveilleusement mis en place et, quand je le visionne à nouveau aujourd'hui, je suis encore impressionnée par les promesses que fait ce premier épisode au spectateur et que la série tient. Toutes les promesses, sauf une : son nom est Raylan Givens.
Non mais j'adore Raylan. Il est le héros type, trop fort et qui n'a peur de rien, mais il part tout de même avec des failles éthiques assez ahurissantes - ahurissantes au début, ensuite on comprend que le Kentucky, c'est apparemment le Far West - pour en faire un personnage tout de suite fascinant. Le chapeau, la nonchalance, l'humour... je ne vois pas bien comment on peut ne pas aimer Raylan Givens, qui a en plus le nom le plus cool du monde. Malgré tout ça, s'il y a une chose dans le pilote qui m'avait vraiment attrapée et fait promettre que je regarderai le deuxième épisode, c'est la dernière scène. Raylan s'étonne d'avoir trouvé en lui assez de colère pour abattre un criminel qu'il poursuivait, et son ex-femme lui réplique : "You're the angriest man I know"/"Tu es l'homme le plus en colère que je connaisse". Ah. Il y a donc tout ça, sous l'apparente nonchalance ? La série, jusqu'ici, a surtout montré à quel point Raylan est cool, mais je veux plus, je veux creuser chacune de ses failles.
En attendant, j'ai reporté tout mon amour sur Boyd Crowder.

Oh qu'il est délicat de proclamer publiquement son amour pour un personnage qui porte une croix gammée tatouée sur le bras ! J'avoue n'en être pas complètement fière.
La série a fait un travail merveilleux avec lui : l'arc narratif autour de sa rédemption supposée est passionnant, et sa quête d'identité très touchante. À la fin de la saison 1, je réalisais que la présence de Boyd Crowder compensait tous les défauts que je trouvais à Justified.
Alors oui, il me manque malheureusement le visuel, il manque sur ce blog son merveilleux sourire, mais Boyd, c'est peut-être avant tout l'audio. Il y a bien sûr dans cette série une belle brochette d'accents du sud des États-Unis, ce fameux accent un peu traînant, mais il y a surtout chez Boyd cette façon terriblement cool, complètement posée, de parler, et cet amour des mots qui me fait craquer.
Deux bonnes raisons de regarder Justified : le sourire et les tournures de phrases de Boyd Crowder.

Écrit par Saru dans Personnages | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : justified