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17 mars 2012

Challenge Sherlock Holmes | Le Signe des quatre

Cher cocaïnomane, nous nous rencontrons enfin. Ne croyez pas que ce soit la seule chose que j'ai retenu du Signe des quatre ! Mais l'usage de la cocaïne fait partie de ces informations de notoriété publique même pour le plus ignorant des lecteurs, et puisque ce n'est pas un des points les plus abordés dans les dernières adaptations, j'avais hâte de voir comment était traitée la chose dans le matériel d'origine.

– Le partage semble plutôt injuste ! C’est vous qui avez fait tout le travail dans cette affaire. À moi, il échoit une épouse ; à Jones, les honneurs. Que vous reste-t-il donc, s’il vous plaît ?
– À moi ? répéta Sherlock Holmes. Mais il me reste la cocaïne, docteur !
Et il allongea sa longue main blanche pour se servir.

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J'ai pris autant de plaisir à découvrir le vrai Sherlock Holmes dans ce deuxième roman que j'en avais pris à la lecture d'Une étude en rouge, vivant toujours ses incroyables déductions comme les meilleurs moments du livre. Néanmoins, je n'ai, une fois de plus, pas été véritablement emballée par l'intrigue. A partir de bons prémisses – une disparition, un secret familial, un trésor et un meurtre, rien que ça ! – Holmes résoud bien vite l'affaire et mon intérêt s'émousse quand il ne s'agit plus que d'attraper le coupable et de lire le récit de ses confessions.
Je crois que je vais préférer la lecture des nouvelles, dont le format court pâtira moins d'une structure narrative qui semble ne pas me convenir dans les écrits de Conan Doyle.

Néanmoins, nous rencontrons lors de cette aventure la future femme de John Watson, Mary Morstan. Je n'avais jusqu'ici rencontré que la version cinématographique de Guy Ritchie, qui m'avait beaucoup plu. Vu l'univers/l'époque sexiste dans lequel elle apparaît et la misogynie très prononcée du héros de Conan Doyle, je n'avais pas beaucoup d'espoir pour son personnage, mais elle s'avère intéressante. Jusqu'ici, Steven Moffat et Mark Gatiss font de John un tombeur mais je serais assez curieuse de voir quelle version du personnage de Mary ils pourraient nous proposer.

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Une chose m'a tout de même frappée, à la lecture de ce livre. J'ai eu l'occasion de l'écrire, je ne suis qu'une ignorante en matière de canon holmésien et du coup, mon Sherlock Holmes est celui de la série. Ainsi, quand, à plusieurs reprises lors de ses interactions avec Mary Morstan, Sherlock Holmes se montre gentil avec elle – oui, gentil, j'aurais dû noter les passages en question –, j'avoue que ça m'a laissée perplexe. S'il y a bien un qualificatif qu'on ne pourrait jamais associer au Sherlock de Cumberbatch, c'est bien l'adjectif "gentil". Y a-t-il une once de sympathie chez lui ? Il est en tout cas complètement dénué d'empathie. Au vu de ses capacités d'observation et de déduction, de la nécessité qu'il a parfois de jouer la comédie, il n'y a pour moi aucun doute qu'il connaît toutes les règles de savoir-vivre en matière de relations humaines et qu'il choisit simplement de ne pas mettre en pratique ses connaissances théoriques.
Prenons les deux autres Sherlock Holmes que je connais. Le comportement du Holmes de Robert Downey Jr. avec Mary Morstan est clairement peu aimable, mais il n'est à mes yeux que le résultat d'une jalousie, il rechigne à l'idée de partager son meilleur ami. Je le qualifierais peut-être de "fantasque" et "puéril", mais il est tout à fait sympathique. Le Sherlock Holmes russe est un peu du même genre. Pas aussi capricieux, mais il se montre facétieux avec Watson, et avenant avec ses clients.
Tous ces Sherlock Holmes partagent bien sûr un côté arrogant, mais à la lecture du Signe des quatre, un Sherlock quasiment dénué d'humanité devient donc à mon sens un choix délibéré de la part de Gatiss et Moffat. Ça fonctionne bien et ça donne plus de consistance à un John qui gagne en humour, mais c'est un éclairage intéressant sur la série que vient m'apporter cette lecture.

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La prochaine sera celle d'Un scandale en Bohème et ce sera l'occasion parfaite d'étrenner mon Blu-ray de la saison 2.

Écrit par Saru dans Challenges | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sherlock

19 février 2012

Challenge Sherlock Holmes | Une étude en rouge

A Study in Scarlet ayant été publié en 1887, je crois pouvoir affirmer sans me tromper qu'il n'y a aujourd'hui, de Sherlock Holmes, plus de fan de la première heure. Mais je ne suis une adepte ni de la deuxième, ni même de la troisième heure. Je ne sais pas combien il y a d'heures à ce jeu, mais à peine pourrais-je revendiquer l'avant-dernière.

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Bien sûr, comme tout le monde, le personnage de Sherlock Holmes s'est présenté à moi à certains moments de ma vie, majoritairement en cours d'anglais. Mais à aucun moment avant la série Sherlock je ne me souviens m'être intéressée à titre personnel à l'univers holmésien, si ce n'est quand, gamine, j'étais accro aux aventures de Sherlock Heml'Os – et je ne connaissais probablement pas Conan Doyle ! Il me paraît aujourd'hui fou que, ayant toujours été une grande lectrice, je ne me sois jamais penchée sur son œuvre.
Et le film de 2009 ? Alors oui, l'alliance de Guy Ritchie, de Robert Downey Jr. et de Londres m'avait fait me ruer sur ce film : la déception fut sévère et en aucun cas à ce moment-là on n'aurait pu me faire croire que les enquêtes du célèbre détective pouvaient s'avérer passionnantes.
J'ai lu Une étude en rouge pour la première fois en 2010, alors que Moffat, Gatiss et Cumberbatch m'avaient rendu accro au personnage de Sherlock. J'ai lu depuis quelques nouvelles et, alors que je me replonge dans la lecture intégrale du canon, j'avoue, je ne suis toujours pas persuadée que les enquêtes du célèbre détective peuvent s'avérer passionnantes. Et puisqu'on en est aux confessions, en voici une autre : j'ai commencé le challenge en zappant la moitié du premier livre.

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Quelle construction étonnante que celle d'Une étude en rouge ! Le lecteur entre dans le roman par l'intermédiaire de John H. Watson, médecin, ancien soldat, auquel il est facile d'immédiatement s'attacher. Puis vient l'illustre Sherlock Holmes. Fascinant avant même de faire sa rencontre, il ne déçoit pas, s'avérant aussi excentrique que mystérieux. C'est avec bonheur qu'on lit le portrait qu'en fait Watson, sa stupéfaction face à chaque nouveau trait de personnalité de son colocataire est réjouissante – l'ignorance qu'a Holmes du système solaire est encore plus drôle dans le livre qu'elle le fut dans la série – et leurs échanges irrésistibles. Et puis vient le meurtre.
Les méthodes de déduction de Sherlock Holmes, les voici, celles qui font tout le sel de ses aventures. C'est le moment tant attendu de chacune de ses enquêtes, quand il expose à qui veut bien l'entendre – on rencontre donc ici Lestrade, mais aussi Gregson – tout ce qu'il a pu déduire d'un coup d’œil, ou plus, mais c'est déjà complètement impressionnant.
J'ai pu ici particulièrement apprécier le retournement que la série a fait de l'inscription "RACHE" près du cadavre. Dans la série, Anderson annonce fièrement qu'elle signifie "vengeance" en allemand et Sherlock le rabroue avec mépris : une dernière note en allemand, quelle idée, de toute évidence la victime était en train d'écrire "RACHEL" avant de mourir ! Voilà une belle façon d'être fidèle à l’œuvre tout en se l'appropriant !

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Mais j'évoquais plus haut l'étonnante construction du roman : introduction et rencontre des personnages, découverte d'un cadavre, enquête, découverte d'un deuxième cadavre, résolution, et le meurtrier est attrapé. Il ne manque plus que... la moitié du livre racontant le triste passé du coupable, bien sûr.
Bien qu'un peu long – ce qui m'a poussée à l'abréger lors de cette seconde lecture – le récit n'est, en lui-même, pas inintéressant. J'ai d'ailleurs largement préféré cette intrigue de vengeance aux pseudo-suicides de la série. Aussi bon qu'était le premier épisode de Sherlock, j'ai toujours trouvé sa conclusion décevante et les explications du meurtrier un peu légères – à mes yeux une maladroite façon d'introduire le personnage de Moriarty – alors que le thème de la vengeance, plus malin, crée l'empathie chez le lecteur. Plus malin, certes, mais dans quel univers tordu un auteur nous présente ces fabuleux personnages londoniens en première partie de récit, pour ensuite nous lâcher dans l'Utah ? Apparemment, dans l'univers de Conan Doyle, ça se fait sans scrupule. Et ce procédé, loin d'être audacieux ou intelligent, n'a suscité que frustration chez moi.
Pourtant, cette frustration illustre sans doute bien ce que représente aujourd'hui pour des millions de lecteurs Une étude en rouge : c'est en construisant des personnages aussi solides que John Watson et Sherlock Holmes que Conan Doyle a réussi à faire revenir ses lecteurs après un récit aussi bancal.

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Une petite question subsidiaire : Sherlock Holmes n'est-il pas un des personnages les plus mythiques de la fiction mondiale ? Sherlock Holmes n'est-il pas un des personnages les plus repris et adaptés sur tous les supports possibles, en littérature, au cinéma, et à la télévision ? Alors pourquoi cette soudaine levée de boucliers contre la future adaptation américaine de la chaîne CBS ?
Moi qui n'y connais pas grand chose en affaires holmésiennes, et encore moins en adaptations filmiques, n'ayant vu que la série et les deux derniers films, je suis tombée cette semaine sur les téléfilms russes. J'ai regardé les deux premiers (disponibles à partir de cette page, mais seulement sous-titrés en anglais) et ai adoré leur version du personnage de Holmes.
Moi qui n'y connais pas grand chose, qui n'ai pas aimé la première version de Guy Ritchie, je me suis empressée d'aller voir la seconde. Devant laquelle j'ai encore plus souffert. Et si troisième version il y a, je ne pourrais peut-être même pas résister. Et pourquoi ? Parce que maintenant adepte de la légende qu'est Sherlock Holmes, ce sera toujours un plaisir de voir de multiples versions d'un personnage que j'aime. Même si on peut déplorer une démarche qui serait commerciale, n'est-il pas toujours intéressant de se confronter à une autre interprétation que la sienne ?

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Et si c'est horriblement mauvais ? Je ne regarderais pas. Oui, j'ai cette merveilleuse faculté de choisir ce que je regarde ou non. Et si c'est bon ? Alors est-ce que ce ne sera pas merveilleux de voir Sherlock déambuler dans les rues de New York ? Oh pauvre ignorante que je suis, Sherlock Holmes appartient à Londres ! Certes.
Certes, je ne suis qu'une adepte de la dernière heure. Mais je me permets tout de même un blasphème : Sherlock Holmes n'appartient ni à Londres, ni à la BBC, ni à Gatiss et Moffat. D'ailleurs, Sherlock Holmes n'appartient même pas à Conan Doyle. Et pas pour une histoire de domaine public, mais tout simplement parce que d'après les règles de la littérature, Sherlock Holmes est désormais à moi. Alors la CBS peut bien en faire ce qu'elle veut. Sherlock Holmes lui survivra, comme il a survécu à Conan Doyle, comme il a survécu aux fans de la première heure, et comme il nous survivra tous.

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Et parce que ce n'est pas dans mes habitudes, de pareilles envolées lyriques, j'ai envie de terminer par un des mes passages préférés dans Une étude en rouge. Holmes, expliquant une de ces déductions à Watson : "Je me suis livré à une étude spéciale sur la cendre des cigares ; j’ai même écrit une monographie sur le sujet !" Un de mes passages préférés puisqu'il me rappelle cette hilarante scène où John explique à Sherlock que personne ne lit son site parce que personne ne s'intéresse à l'existence de 240 – pardon, 243 – sortes de cendres de tabac.

Écrit par Saru dans Challenges | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : sherlock