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06 janvier 2013

Soredemo, Ikite Yuku

En écrivant son texte dithyrambique sur Soredemo, Ikite Yuku, Kerydwen avait évidemment éveillé ma curiosité. Elle y faisait l’éloge de l’écriture, de l’esthétique, du casting… comment ne pas être convaincue ? Mais je m’entêtai alors à écrire, en commentaire, que ce type d’histoire, ça n’était pas « mon genre ». Le deuil, les sujets graves, tout ça… pas mon genre.
Kerydwen m’a suggéré le mois dernier d’évoquer l’histoire d’amour au cœur de cette série, et il faut maintenant que je me rende à l’évidence : est-ce que je sais, au fond, ce qui est « mon genre » ? Il me semble avoir passé les dernières semaines à avouer mon incapacité à résister aux personnages cassés, et Soredemo, Ikite Yuku n’aurait pas pu m’en offrir de plus beaux.
D’un côté, on a Hiroki, dont la petite sœur Aki a été assassinée il y a quinze ans. Sa vie s’est arrêtée ce jour où, refusant d’accompagner Aki faire du cerf-volant, il préfère aller louer des vidéos pornos. Depuis, il survit malgré lui, rongé par la culpabilité et le chagrin.
De l’autre, Futaba. Son frère est celui qui a assassiné Aki, et sa famille, objet depuis quinze ans de toutes les attentions et insultes, doit régulièrement déménager, dans l’incapacité de construire quoi que ce soit, enchaînée au passé.
Pour en apprendre plus sans spoiler sur la série, changez de page, allez absolument lire le texte de Kerydwen, une magistrale déclaration d’amour à une série qui ne l’est pas moins. De mon côté, je n’éviterai pas les spoilers.

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Amoureuse de la fiction légère, je peux affirmer avec conviction qu’il ne faut pas passer à côté de cette série par peur de sa gravité. Vous y percevez du deuil, de la culpabilité ? J’y ai plutôt reçu un magnifique discours sur l’espoir, l’amour et ses propriétés salvatrices – rien que ça, oui ! Sombre, ce drama ? Pas du tout : empreint d’une indéniable tristesse, mais poétique et lumineux. De larmes, je n’en ai versé que deux.
La première : Futaba, après quinze ans d’incrédulité, de culpabilité, apprend qu’elle et son frère meurtrier ne sont pas les enfants de celle qu’elle considérait comme leur mère. Le peu de certitudes qui lui restent s’effacent complètement et c’est chez Hiroki qu’elle trouve le réconfort – cette scène, ô cette scène : je n’ai jamais douté du talent d’Eita, mais j’ai découvert dans ce drama une incroyable actrice.
Ici réside toute la beauté de cette histoire. Qui aurait pu tourner en tragédie, en vengeance, mais à l’inverse, Hiroki et Futaba trouvent l’un chez l’autre la force de reprendre le cours de la vie qui leur a été arrachée quinze ans auparavant. Êtres meurtris, mal dans leur peau, ils se découvrent similaires, trouvent le soutien qu’ils n’ont jamais trouvé ailleurs. Hiroki effleure la main de Futaba – geste gêné et beaucoup plus émouvant que s’il avait osé lui prendre la main – et lui dit que tout ira bien. C’est cette scène qui m’a le plus bouleversée, pour tout l’espoir qu’elle révèle.

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Comment n’être pas touché par Futaba et Hiroki ? Pas par la tragédie qui les touche, bien que tout en découle, mais par leurs interactions embarrassées, leurs conversations décousues qui plus d’une fois m’ont fait rire.

– Quoi de neuf, en ce moment ?
– En ce moment ? Euh, je viens de remplacer l’ampoule.
– Je vois…
– Et toi, en ce moment ?
– J’ai marché sur un chewing-gum.

Traduction approximative en français d’un sous-titre anglais traduit d’une conversation en japonais, je vous épargnerai donc la suite, mais voilà le sel de leurs relations : un échange drôle, étrange, mais finalement plutôt réaliste. La vie n’est pas scénarisée, et leurs dialogues, morceaux de vie sans queue ni tête, sonnent juste. Ce passage restera l’une des très belles déclarations d’amour de mon petit écran.
Hiroki et Futaba s’apprivoisent, laissent derrière eux toute la colère accumulée par les deux familles au fil des années, et se révèlent deux êtres humains fantastiques, aimants et généreux. De façon très intéressante, au fil des épisodes, leur évolution se fait également physique. Complètement introvertis au début de la série, ils s’ouvrent, à l’autre et au monde, se redressent et, s’ils ne se débarrasseront jamais totalement de leur gaucherie, je me rends compte à la fin de la série qu’ils sont devenus l’un et l’autre plus assurés, et ont révélé toute leur beauté.

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La deuxième scène qui m’a fait pleurer est une des dernières. Hiroki montre à un Fumiya derrière les barreaux une photo de sa mère. Moment incroyable où Fumiya fond en larmes : où, pour la première fois, il affiche une authentique émotion. Le moment est d’autant plus incroyable que c’est Hiroki, à qui Fumiya a tout pris, qui lui donne en retour ce qu’il a cherché quasiment toute sa vie.
La série nous avait déjà offert une scène aussi intense, quand Hiroki sauve Fumiya de la noyade et qu’il lui dit qu’il le sauverait à nouveau, encore et encore. Hiroki déballe tout ce qu’il a enfoui en lui pendant des années et, lui qui n’était que vengeance depuis le début de la série, lâche prise et évoque la possibilité d’une rédemption pour Fumiya, l’idée d’une nouvelle vie, pour lui-même, pour Futaba, pour Fumiya. Hiroki confie qu’il veut voir un lever de soleil avec l'assassin de sa sœur et que ça lui suffira. Une scène très chargée en émotion à laquelle Fumiya répond par un terrible « J’ai faim. » Il concède quelques excuses mais rien dans ses yeux, ni sur son visage : ce type ne ressent rien, Hiroki et Futaba comprennent qu’il n’y a rien à espérer.
Alors, quand devant le visage de sa mère, Fumiya s’effondre, l’espoir renaît.

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C’est ainsi que je comprends et accepte la fin de la série. Futaba prend une décision qui peut paraître absurde, incompréhensible, condamnant ainsi la possibilité d’une relation amoureuse salvatrice, mais ce qu’elle fait surtout, en souhaitant élever l'enfant qui a perdu sa mère, c’est briser le cercle interminable de la rancœur et de la haine : personne ne devrait grandir et vivre sans amour.

Commentaires

Merci beaucoup pour ton texte très pertinent et pour avoir bien voulu te lancer dans une série qui n'est, a priori, pas ton genre. Ça me fait encore plus plaisir de savoir que tu apprécié ce j-drama qui me tient beaucoup à cœur.

Tu t'en doutes, je te rejoins en tous points. Soredemo, Ikite Yuku a beau aborder des thématiques très lourdes et dramatiques, elle est bel et bien lumineuse. Tout comme toi, la scène à la fois embarrassée et romantique avec ce plan sur les mains m'a vraiment marquée. Ils se sont bien trouvés, eux et leur gêne perpétuelle, ne sachant jamais quoi dire ou que faire.

Quant à la fin, je partage également ton point de vue. De toute manière, une conclusion trop positive aurait vraiment été malvenue. Là, personne ne nous dit qu'ils ne se retrouveront pas un jour. Et comme tu l'écris, le but était pour les personnages de commencer à avancer et donc, de tenter d'enrayer les rancœurs passées.

Encore merci pour ce billet qui m'aura permis de me replonger avec satisfaction dans cette série :)

Écrit par : Kerydwen | 09 janvier 2013

Merci à toi, surtout ! J'ai besoin de ça, de sortir parfois de mon cocon de légèreté, de me confronter à des séries plus difficiles d'accès mais qui en valent d'autant plus la peine. Ça m'effraie de penser qu'il y a autour de moi un tas de séries de la qualité de Soredemo... à côté desquelles je passe parce que je me complais dans la facilité. :) Heureusement, tu es là pour me les signaler !
Bref, il me fallait cette série, qui restera longtemps avec moi, et ça me fait plaisir que tu aies apprécié mon texte, parce que figure-toi que je me mettais la pression "Que va en penser Kerydwen, qui a tant aimé la série... ?!" :D

Écrit par : Saru | 17 janvier 2013

Bonjour je suis nouvelle sur hautetfort et je viens voir comment font les blogeuers et blogeuse et voler quelques idees :) Merci

Écrit par : alexa | 03 juin 2013

Les commentaires sont fermés.